Pour un indépendant, connaître son coût de revient est indispensable. Trop de professionnels fixent leurs tarifs « à la louche », en se basant sur ce que facture la concurrence ou sur une estimation rapide. Or, sans calcul précis, on prend le risque de travailler à perte et de mettre en danger la viabilité de son activité.
Le coût de revient constitue la base de toute tarification. C’est en le maîtrisant que l’on peut déterminer un prix de revient fiable, évaluer la rentabilité de ses missions, analyser la rentabilité de ses projets et, pour certains métiers, sécuriser la rentabilité de ses chantiers.
Et cette règle vaut pour tous les statuts, y compris en micro-entreprise. Certes, dans ce régime les charges ne sont pas fiscalement déductibles et les cotisations sociales sont calculées au forfait sur le chiffre d’affaires. Mais dans les faits, ces charges existent, pèsent sur le revenu réel et doivent être intégrées dans la gestion pour éviter toute mauvaise surprise.
1. Qu’est-ce que le coût de revient ?
1.1 Définition et formule
Le coût de revient correspond à l’ensemble des dépenses nécessaires pour réaliser une prestation, un chantier ou un projet. Il comprend :
- les charges directes, liées spécifiquement à la mission (matières, sous-traitance, déplacements, etc.),
- et les charges indirectes, qui existent indépendamment de la mission mais qui doivent être réparties sur l’ensemble de l’activité (assurance, logiciels, loyer, matériel, cotisations sociales, etc.).
Ce chiffre représente le seuil minimum en dessous duquel vous ne devez pas descendre si vous souhaitez préserver la rentabilité de vos missions.
1.2 Coût de revient vs prix de vente
Beaucoup d’indépendants confondent coût de revient et prix de vente. Pourtant, la différence est essentielle :
- Le coût de revient indique ce que la mission, le projet ou le chantier vous coûte réellement.
- Le prix de vente doit aller au-delà : il inclut non seulement le coût de revient, mais aussi une marge, votre positionnement et la valeur perçue par le client.
Se limiter au coût de revient pour fixer son tarif revient à s’assurer de ne pas travailler à perte… mais pas à dégager une rentabilité suffisante. Pour améliorer la rentabilité de vos projets, il faut systématiquement intégrer cette marge dans vos prix.
1.3 Le rôle du coût de revient dans la stratégie commerciale
Le coût de revient n’est pas qu’un indicateur comptable. C’est un véritable outil de pilotage. En le connaissant, un indépendant peut :
- fixer un prix de vente cohérent et défendable,
- négocier avec ses clients en s’appuyant sur des chiffres concrets,
- analyser la rentabilité de ses missions ou de ses chantiers,
- identifier les prestations les plus rentables et celles qui le sont moins,
- savoir refuser une mission si elle ne couvre même pas son prix de revient.
Ainsi, maîtriser son coût de revient revient à sécuriser la rentabilité de son activité dans son ensemble.
2. Comment inclure les charges dans son calcul ?
Calculer son coût de revient revient à identifier l’ensemble des charges qui pèsent sur l’activité et à les répartir sur les missions, projets ou chantiers. Trop souvent, les indépendants se contentent d’estimer leurs coûts « à vue d’œil » et oublient des postes essentiels, ce qui fausse totalement la perception de leur rentabilité.
2.1 Les charges directes
Ce sont les dépenses directement liées à une mission ou à un chantier. Elles varient selon la nature de l’activité, mais on y retrouve généralement :
- les matières premières ou fournitures nécessaires à la réalisation du projet,
- la sous-traitance éventuelle (ex. recours à un autre freelance),
- les déplacements spécifiques à la mission (transport, hébergement, repas),
- la location ponctuelle de matériel pour un chantier ou une prestation.
Ces charges directes sont faciles à identifier, mais elles ne représentent qu’une partie du prix de revient.
2.2 Les charges indirectes
Ce sont les charges de structure, présentes quel que soit le nombre de missions réalisées. Elles doivent être réparties sur l’ensemble de l’activité. Exemples :
- Cotisations sociales et fiscales (URSSAF, CFE, etc.),
- Assurances (responsabilité civile professionnelle, mutuelle, prévoyance),
- Frais de fonctionnement (loyer, coworking, énergie, internet, téléphone),
- Logiciels et abonnements (comptabilité, gestion de projet, design, stockage cloud),
- Matériel (ordinateur, smartphone, outils professionnels) et son renouvellement,
- Honoraires bancaires et comptables.
Ces charges pèsent directement sur la rentabilité des projets et doivent être intégrées au calcul, même si elles ne sont pas rattachées à une mission en particulier.
2.3 Les charges souvent oubliées
C’est ici que de nombreux indépendants sous-estiment leur prix de revient :
- Déplacements non facturés : aller-retour pour un rendez-vous client, temps perdu dans les transports, amortissement dans le véhicule.
- Prorata de votre loyer (ou équivalent si vous êtes propriétaire) : vous travaillez à domicile ? Vous avez besoin d’un logement légèrement plus grand pour être à l’aise, et c’est à votre activité de prendre ce surcoût en charge. Cela inclus évidement un partie de votre internet, de votre chauffage, etc.
- Prospection et communication : site internet, publicité en ligne, cartes de visite, participation à des événements ou à des réseaux.
- Formations et documentation : livres, cours en ligne, séminaires, veille sectorielle.
- Préparation de missions : études préalables, recherche d’informations, rédaction de propositions.
- Petits frais administratifs : fournitures de bureau, timbres, impressions… Mis bout à bout ces frais peuvent être non négligeables
Ces postes paraissent anecdotiques pris isolément, mais cumulés ils peuvent peser lourd et réduire significativement la rentabilité des missions.
2.4 Exemple concret de calcul
Prenons le cas d’un consultant indépendant qui supporte 1 200 € de frais fixes mensuels et prévoit 100 heures facturables :
- Répartition des frais fixes : 1 200 ÷ 100 = 12 €/h.
- Mission de 10 heures facturées avec 30 € de déplacement :
- Temps de travail : 10 h × 25 € (taux horaire visé) = 250 €,
- Charges fixes réparties : 10 h × 12 € = 120 €,
- Frais directs : 30 €.
Le coût de revient de cette mission s’élève donc à 400 €.
Ce chiffre est le seuil en dessous duquel la rentabilité du projet n’est pas assurée.
2.5 L’évolution des charges dans le temps
Un autre écueil fréquent est de considérer ses charges comme figées. En réalité, elles évoluent : renouvellement de matériel, nouveaux outils logiciels, assurances plus coûteuses, recours accru à des prestataires. Pour sécuriser la rentabilité de ses chantiers et la pérennité de son activité, un indépendant doit régulièrement réévaluer son prix de revient.
3. Coût de revient : comment aller plus loin pour améliorer la rentabilité
Le calcul du coût de revient est une étape indispensable pour tout indépendant. Mais il ne suffit pas à lui seul à piloter la rentabilité des missions, la rentabilité des projets ou la rentabilité des chantiers. Certaines spécificités doivent être prises en compte pour avoir une vision complète.
3.1 Le cas particulier de la micro-entreprise
En micro-entreprise, beaucoup d’entrepreneurs pensent que le calcul du prix de revient est inutile, puisque :
- les cotisations sociales sont forfaitaires (un pourcentage du chiffre d’affaires),
- et les charges ne sont pas fiscalement déductibles.
C’est une erreur. Les charges existent bel et bien et viennent réduire directement le revenu disponible. Ne pas les intégrer revient à sous-estimer le coût réel d’une mission et à mettre en péril la rentabilité des projets.
Ainsi, même en micro-entreprise, il est indispensable de calculer son coût de revient, non pas pour des raisons fiscales, mais pour des raisons de gestion. C’est le seul moyen de savoir combien il reste vraiment après chaque mission.
3.2 Les limites du coût de revient
Le calcul du coût de revient suppose que toutes les heures travaillées sont facturées. Or, dans la réalité :
- une partie du temps est consacrée à la prospection,
- une autre à l’administratif,
- sans oublier la formation, la veille ou les déplacements non rémunérés.
Ces heures, pourtant nécessaires, ne sont pas comptabilisées dans le calcul de base. Résultat : se limiter au prix de revient donne une image incomplète de la rentabilité des missions.
3.3 Vers une approche plus juste : le coût de l’heure productive (CHP)
Pour pallier ces limites, nous utilisons chez Lycorne la notion de coût de l’heure productive (CHP).
Le CHP reprend la logique du coût de revient, mais il la rapporte uniquement aux heures réellement facturables.
- Exemple : un indépendant travaille 160 heures par mois mais n’en facture que 100.
- Ses charges fixes se répartissent donc sur 100 heures, et non sur 160.
- Chaque heure facturée doit donc couvrir une part plus importante des charges.
Le CHP reflète ainsi beaucoup mieux la réalité économique d’un indépendant et permet de sécuriser durablement la rentabilité des missions, des projets et des chantiers.
Conclusion : Le coût de revient, un levier essentiel pour la rentabilité
Le coût de revient est la première brique indispensable pour piloter son activité d’indépendant. Il permet de définir un seuil de rentabilité et de sécuriser ses tarifs. Mais ce calcul ne suffit pas toujours à capturer la réalité du terrain.
Même en micro-entreprise, où les charges ne sont pas déductibles fiscalement, il est essentiel d’intégrer toutes les dépenses dans son calcul, car elles impactent directement le revenu net.
Pour aller plus loin et améliorer durablement la rentabilité de ses missions, de ses projets ou de ses chantiers, l’indépendant doit intégrer une approche plus fine : celle du coût de l’heure productive (CHP), la méthode que nous développons chez Lycorne.